Aéroport de Conakry
EBOLA : L’Aéroport de Conakry perd 3 milliards 500 millions de Francs Guinéens par mois
Publié le 26/09/2014        Partager sur : facebook   twitter   google 
Depuis l’apparition de la fièvre hémorragique EBOLA en République de Guinée et dans les autres pays frontaliers, notamment la Sierra-léone et le Liberia, rien ne va plus.

La croissance économique des pays chute, la santé des populations est menacée, des crises sociales et manifestations populaires continuent à engendrer des victimes et la maladie continue à se propager malgré les mesures de riposte mises en place.


Selon le dernier bilan de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) publié le 22 septembre 2014, la fièvre hémorragique Ebola a fait 2 793 morts et contaminé au total 5 762 personnes dans l'ouest de l'Afrique à la date du 18 septembre.

«La flambée d’Ebola est une grave crise humaine, sociale et économique qui exige une réponse déterminée de la communauté internationale» disait la Directrice Générale du FMI (Fonds Monétaire International), Christine Lagarde dans le communiqué N°14/419 en date du 17 septembre 2014.

Cette crise sanitaire a également eu un impact sur le trafic aérien et terrestre. Les pays touchés se sont vus isolés par la fermeture des frontières empêchant la circulation des biens et des personnes.

En Guinée, plusieurs compagnies ont annulé leur desserte sur Conakry. A ce jour, seules trois continuent. Il s’agit d’Air France, Sn Bruxelles et Royal Air Maroc. Les compagnies assurant la desserte avec les pays frontaliers comme le Sénégal, la Côte-D’ivoire, la Gambie, la Mauritanie, et celle du Togo ont été les premières à arrêter à fourniture des services. Une décision à laquelle s’oppose l’OMS.

Selon l’Institution des Nations Unies en charge de la santé : « Les annulations de vols et autres restrictions imposées sur les voyages continuent d'isoler les pays touchés, ce qui a des conséquences économiques néfastes et gêne les efforts de secours, tout cela risquant de propager davantage la maladie au plan international. »

Pour toucher du doigt les réalités, notre rédaction s’est rendue à la Direction Générale de la SOGEAC, Société en charge de la Gestion de l’Aéroport International de Conakry Gbessia où le Directeur Général M. Oulaba Moussa Kabassan KEITA s’est prêté à quelques questions. Le constat est alarmant.


conakry-life.com : Comment se porte l’Aéroport de Conakry depuis l’état d’urgence déclaré à la suite de l’apparition de la fièvre hémorragique Ebola?

M. Oulaba Kabassan : Très mal. Nous sommes à 16 mouvements par semaine. Ce qui signifie que nous sommes à 70% en moins depuis l’apparition de l’épidémie.


Pouvons-nous avoir une idée du nombre de vols qui desservent le pays comparativement au passé ?


Actuellement, on ne reçoit qu’ Air France, Sn Bruxelles et Royal Air Maroc. Vous n’êtes pas sans savoir qu’Air France aussi est en grève. On reçoit sporadiquement la desserte Air France sur l’Aéroport de Conakry. Depuis une semaine, c’est le deuxième vol Air France qu’on reçoit aujourd’hui (lundi, 22/09/14). Vous voyez donc l’impact. Je peux même me permettre de vous dire que sur le mois, on perd plus de 3 milliards 500 millions de Francs Guinéens sur notre budget. Nous sommes à 40% en moins sur notre budget. Les investissements qu’on avait projetés pour 2014, se sont vus gelés par obligation, faute d’avion.

Vous savez, les aéroports vivent de redevances passagères et de stationnements. Donc quand il n’y a pas d’avions, il n’ya pas de passagers, il n’ya pas de frets, il n’ya pas d’aéroport, il n’ya pas de salaires ni d’investissements.

Dans l’évolution actuelle du monde, les aéroports sont en mouvements. Aujourd’hui, les aéroports sont confondus à des villes. Le passager peut se déplacer et traiter toutes ses affaires sur place à l’Aéroport pour reprendre le prochain vol.

Nous avons même été obligés de mettre en place un comité budgétaire pour revoir totalement notre budget de 2014. Je vous laisse évaluer vous-même les pertes. Que le bon Dieu nous sauve pour que cette épidémie soit freinée au cours de cette année, sinon en 2015, que ferons nous ? Nous serons obligés de mettre les agents en congé technique. Ce qu’on ne souhaite pas.
A date, nous essayons de faire des fermetures ici et là pour permettre de maintenir le personnel technique.

Existe-t-il des dispositifs de sécurité sanitaire pour les vols existants ?

Oui bien sur. Dieu merci, je touche du bois, depuis l’apparition de l’épidémie, nous n’avons jamais embarqué un malade ici. Soit pour l’Europe ou l’Afrique. Parce qu’on a mis en place trois dispositifs de contrôle et les accompagnateurs sont interdits d’accès. Ne sont donc acceptés que les voyageurs.

D’ abord dès l’entrée, un premier contrôle avec les thermo-flashs, un deuxième avec les thermo-cameras, et un troisième avant l’entrée de l’avion car tout peut arriver avant le décollage. Le passager fait au moins 2h dans la salle d’attente. Il s’agit de faire une dernière vérification avant l’embarquement.

Partout dans l’Aéroport des kits de lavage de mains sont également installés.

Vous-même vous êtes libres de vérifier. Il n’ya pas d’exception. Que tu sois Président ou Ministre. Pour exemple, même la délégation présidentielle qui s’est rendue à New York pour les Assemblées Annuelles des Nations Unies, a été soumis au contrôle.

A l’issue de cet entretien, notre équipe a effectué une visite de terrain sur le tarmac de l’aéroport sous la supervision de la GTA (Gendarmerie des Transports Aériens) qui ne laisse rien à légère (même le capuchon du styli du reporter tombé, a été considéré comme une menace et vérifié sur le champ). Tous les contrôles sont stricts. Arrivée à l’entrée, notre équipe a d’abord effectué le lavage des mains avant de se munir du gilet d’accès.

Sur le tarmac vide, on n’apercevait qu’un seul avion. L’Airbus A 330 de la Compagnie Air France qui attendait son décollage pour le lendemain (mardi, 23/09/14). L’aéroport fonctionne donc à perte.

Echangeant avec le Directeur Commercial, nous avons été informés que des négociations sont en cours. ‘’De nombreuses compagnies veulent faire leur retour mais faut-il que les correspondances avec les autres vols soient acceptées par les compagnies’’. Souligne M. Diallo, visiblement très peiné.

L’Aéroport de Conakry qui est en phase de rénovation voire même de mutation, s’est doté d’équipements modernes à l’image des autres aéroports internationaux : porte et escaliers automatiques, salon VIP, boutique Duty free, d’une sécurité renforcée, des guichets de banque, d’accès panoramiques qui donne accès directement à l’avion au départ... En somme, de nos jours, le passager voyage sans tracas.

Tout cela sous le leadership de son Directeur Général, Oulaba Kabassan KEITA, Oscar de l’Emergence économique au CIMA 2012, qui ambitionne de faire de l’Aéroport de Conakry la Guinée, un endroit moderne, d’affaires afin de promouvoir l’image du pays.

Que deviendra l’aéroport dans le prochain trimestre ?
L’avenir nous édifiera. En attendant, les bouchées sont mis double pour faire face à toute éventualité.

Pour Guineerealite.com et conakry-life.com
Chérif Fatoumata


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